Des plateformes pour inventer la coparentalité

Des applications payantes proposent depuis quelques années une assistance afin de favoriser la communication des parents et de trouver des solutions aux problèmes du quotidien tels que l’organisation des vacances, la répartition des des jours fériés, les changements ponctuels dans le calendrier des visites, la gestion des activités extrascolaires, les rendez-vous médicaux…

CoParenter, Our Family Wizard, Talking Parents, Plume by Coda… L’émergence des co parenting apps peut-elle apporter un soutien à la coopération des parents et au bienêtre des enfants dans les situations de séparation ?

Vous trouverez plus bas des exemples anglophones et en français aussi.

Un service de médiation à distance accessible à tout moment et peu coûteux

Une application comme coParenter propose un accès illimité à des médiateurs ou « coachs » qui aident les parents à résoudre leurs conflits ou à rédiger leurs plans parentaux à un prix très modique, l’abonnement coûtant environ 13 dollars par mois ou 120 par an selon l’option choisie. Les médiateurs en question, qui peuvent répondre en live aux abonnés, sont majoritairement des juges spécialisés en droit de la famille retraités ou des professionnels du droit qui ont vocation, selon l’argument publicitaire du site, à aider les parents à construire des accords afin d’économiser du temps et de l’argent. Le slogan choisi est éloquent : « keep your family out of court”.

Un accompagnement virtuel des parents dans la gestion de la coparentalité

Les applications telles que Our Family Wizard ou Talking Parents interviennent de leur côté en aval, une fois que les accords ont été conclus ou qu’un jugement a été rendu. Il s’agit d’offrir aux parents des systèmes de communication sécurisés ainsi que différents outils (emplois du temps ou calendrier en ligne par exemple) pour favoriser des échanges constructifs et conserver des traces au cas où un conflit interviendrait par la suite. Là encore, l’objectif est clairement annoncé : “leave email and text messaging behind for a real solution – you deserve a better blueprint for healthy co-parenting” (abandonnez les courriels et les textos pour une vraie solution – vous méritez un meilleur plan pour une coparentalité saine) pour Our Family Wizard et, de manière plus modeste, « communicate effectively with you co-parent » (communiquez de manière effective avec le co-parent) pour Talking Parent.

Un relais possible pour les tribunaux

Le recours à ces applications a beau impliquer une démarche volontaire, ce qui semble au premier abord exclure leur usage dans le cadre d’une rupture conflictuelle, les tribunaux américains et canadiens s’y intéressent de près, au point qu’un auteur a pu recenser plusieurs décisions dans lesquelles des juges ont ordonné aux parents de s’y abonner pour pacifier leurs échanges par la suite (A. Schmitz et L. Wing, “Beneficial and Ethical ODR for Family Issues”, 60 Family Court Review 2021, p. 250).

Et en France

Bien que le recours à la médiation et aux plans parentaux soit un peu moins fréquent, des services du même type commencent à voir le jour en France. C’est le cas par exemple de Plume by Coda, créé par une société d’avocats du Doubs. Le service, 100% en ligne, permet par exemple aux parents séparés de bénéficier d’une assistance leur permettant de construire des solutions de garde sur mesure ou dans la rédaction d’une convention parentale collaborative. Toujours en langue française, mais de l’autre côté de l’Atlantique, on peut également citer l’application Planiclick destinée aux utilisateurs québécois.

L’accélération du passage au virtuel en raison de la crise sanitaire

Si ces différentes applications existaient déjà avant la crise du covid-19, celle-ci a accru de manière considérable le recours au virtuel (notamment dans le cadre des audiences, qui ont pu être réalisées en ligne). Il est peu probable que la sortie de crise s’accompagne d’un retour en arrière sur ce terrain. Les outils actuels vont continuer à se développer et de nouvelles fonctionnalités apparaîtront probablement, grâce aux progrès réalisés dans le domaine de l’intelligence artificielle et du machine learning. Faut-il s’en inquiéter ou s’en réjouir ? Il est encore un peu trop tôt pour le dire. Ce qui est certain, c’est que la technologie, omniprésente dans notre quotidien, risque de prendre de plus en plus de place dans le domaine du contentieux familial à l’avenir.