L’INSEE publie une enquête sur le nombre d’enfants qui, en France, en 2020, vivent en résidence alternée, la moitié du temps chez chaque parent. Le nombre d’enfants en résidence alternée croît régulièrement. Ils représentent 12 % des enfants de parents séparés.

Le nombre d'enfants en résidence alternée croît régulièrement

Les parents qui organisent la résidence alternée de leurs enfants se distinguent des autres parents. Près de 90 % des mères ont un emploi alors que 67 % des mères des autres familles séparées travaillent (80 % dans les familles ‘traditionnelles’).

La répartition géographique n’est pas égale sur le territoire. La résidence alternée est plus fréquente dans les régions de l’Ouest, du Sud et Auvergne-Rhône-Alpes.

Comment vivent ces enfants ?

L’enquête concerne les enfants qui vivent chez leurs deux parents, à temps partagé de manière égale. Il ne s’agit donc que des enfants en résidence alternée égalitaire.

Dans les études scientifiques internationales la résidence alternée a souvent une signification plus large. Dans ces recherches, les enfants qui passent au moins 35 % de leur temps avec un parent sont considérés vivre en résidence alternée. En France, du fait de longues vacances scolaires, cela correspond, à peu près, au droit de visite élargi : trois nuitées en week-end tous les quinze jours, plus deux nuitées les semaines sans week-end et la moitié des vacances scolaires.

L’enquête INSEE est donc plus stricte que les recherches scientifiques internationales.

Malgré cette restriction, la part des enfants qui, en France, vivent à temps égal avec leurs parents séparés augmente. La part des enfants vivant en résidence alternée a doublé entre 2010 et 2016. Entre 2018 et 2020, elle est passée de 3,0 % à 3,4 %, soit 480 000 enfants.

L’étude INSEE montre que c’est entre 4 et 16 ans que la proportion d’enfants vivant en résidence alternée égalitaire est à son maximum.

L’auteur de l’enquête se réfère à une étude de 2013, dont les données quantitatives datent de 2007, pour dire que les mères étant très impliquées dans le soin aux jeunes enfants, les parents préfèrent la résidence chez la mère. Cette justification se discute car d’autres sont possibles.

Il est possible que les parents suivent l’avis de personnes qui les conseillent au moment de la séparation. Pendant longtemps, certains disaient qu’en-dessous de 4 ans, l’enfant ne pouvait pas se séparer de sa mère. Aujourd’hui, les spécialistes, même s’ils ne sont pas favorables à la résidence alternée comme première option, s’accordent pour nuancer cette restriction.

Pour eux, si le bébé connaît suffisamment ses deux parents, alors des nuitées sans un parent peuvent être envisagées. Elles sont même nécessaires afin de maintenir et renforcer les liens d’attachement avec l’autre parent. Le partage du temps de la vie du bébé peut être égal, ou proche de l’égalité. Cependant, tous ces spécialistes s’accordent aussi pour dire que le rythme ne peut pas être hebdomadaire. C’est à chaque couple parental de trouver la formule entre des alternances de 2 jours, de 3, puis de 4, au fur et à mesure du développement de l’enfant.

La moitié des enfants en résidence alternée sont des enfants uniques.

Selon que chaque parent vit seul ou avec un conjoint, l’enfant – selon la méthodologie de l’INSEE – vit en famille monoparentale ou en famille recomposée. Au domicile maternel, 27 % des enfants vivent dans une famille recomposée. Ils sont 29 % à le faire chez le père.

Au total, les enfants qui vivent en résidence alternée vivent plus souvent en famille recomposée que les autres enfants ayant des parents séparés (24%). Dans la plupart de ces familles recomposées, l’enfant qui vit en résidence alternée cohabite souvent (54%) avec un ou des enfants qui y vivent à demeure, souvent des enfants du couple actuel.

Cette recomposition pose la question de la place du beau-parent vis-à-vis des enfants vivant en résidence alternée. Actuellement, rien n’est clair sur ses responsabilités éducatives et son devenir dans la vie des enfants en cas de séparation.

Les parents d’enfants en résidence alternée sont plus diplômés que les autres. Près de 60% des mères et près de 50% des pères ont un diplôme du supérieur. L’écart avec les autres parents de familles monoparentales ou recomposées (donc sans enfant qui alternent) est marqué : seuls environ 30% de ces parents sont diplômés du supérieur.

La différence entre les taux d’emploi des parents va dans le même sens. Les taux d’emploi des parents ayant organisé la résidence alternée de leurs enfants dépasse celui des autres parents séparés.

Pour l’auteur de l’étude, concilier la vie professionnelle et la vie familiale est plus facile lorsque les enfants vivent avec chaque parent alternativement.

Il suggère aussi que ces parents actifs ont dû partager, de manière habituelle pendant leur union, le travail domestique ainsi que le soin et l’éducation des enfants. Cette répartition des tâches dans la vie du couple favoriserait la continuité après la séparation.

Ces résultats et ces suggestions vont dans le sens des recherches sur les liens d’attachement. Ces parents qui permettent à leur enfant de continuer à vivre avec chaque parent après la séparation du couple ont dû observer que leur enfant construisait des liens affectifs avec chaque parent et même avec chaque personne qui prend soin de lui régulièrement. Le maintien de ces liens est favorable pour le bien-être et le développement de l’enfant et de l’adolescent, même dans les cas de séparation.

C’est pour cette raison que permettre aux enfants de vivre un temps significatif avec chaque parent est important. Cette réorganisation de la famille aide les enfants à construire du sens dans leur vie malgré la séparation des parents. Ce n’est pas toujours facile à mettre en place mais cela en vaut la peine !

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Croissance régulière du nombre d’enfants en résidence alternée